« La RT 2024, ça remplace la RT 2012, c'est ça ? » Question posée par un collègue autour d'un café, l'autre matin. Il construit une maison dans le Vaucluse et son maître d'œuvre lui a sorti cette formule. Je lui ai répondu : non. Et c'est là que j'ai compris à quel point la « RT 2024 » n'existe pas officiellement. Personne ne s'entend sur ce que recouvre cette étiquette, et les résultats de recherche renvoient vers des textes qui se contredisent. Alors voici ce qu'il en est vraiment, et pourquoi vous allez probablement tomber dans le même panneau que lui.
Points clés à retenir
- « RT 2024 » n'est PAS le nom d'un texte réglementaire : c'est un abus de langage
- La réglementation thermique actuelle s'appelle RE2020, applicable depuis 2022
- Les « évolutions 2024 » désignent des renforcements de seuils, pas une nouvelle réglementation
- La vraie rupture, c'est la RE2020 elle-même : sortie du calcul au kWh, entrée du carbone
- Un décret fin 2024 a touché certains bâtiments tertiaires — ce n'est pas une RT
RT 2024 ou RE2020 : comment démêler le vrai du faux
D'abord une clarification qui devrait figurer en tête de tout ce qui ose parler de « RT 2024 construction » : la réglementation thermique qui s'applique aujourd'hui s'appelle RE2020. Le sigle RT signifie « réglementation thermique ». La RE signifie « réglementation environnementale ». Ce n'est pas un détail cosmétique, c'est un changement de logique complet.
Pourquoi l'étiquette « RT 2024 » existe quand même
Les gens disent « RT 2024 » parce que la RE2020 est entrée en application par vague, et que plusieurs seuils ont bougé au fil des ans. La RE2020 a été publiée en 2020 mais elle est applicable aux maisons individuelles et logements collectifs depuis le 1er janvier 2022. Les bureaux et bâtiments d'enseignement ont suivi en 2023. Puis certains seuils ont été resserrés en 2024 pour les constructions concernées. Voilà d'où sortent les confusions : un maître d'œuvre qui dit « faut respecter la RT 2024 » parle en réalité de « la RE2020 avec ses seuils de 2024 ».
Sur le terrain, cette imprécision a un coût. J'ai vu un devis de menuiserie partir en fumée parce que le fournisseur avait dimensionné les vitrages sur une vieille version des indicateurs. Trois semaines de retard, et une facture qui a grimpé de 2 400 € pour cause de reprise. Ça n'a rien d'anecdotique : quand la réglementation dont vous parlez n'a pas de nom officiel, vous laissez chacun interpréter à sa sauce.
Ce que la RE2020 change vraiment
La RT 2012 raisonnait en consommation d'énergie primaire (le fameux Cep). La RE2020 ajoute une dimension qui n'existait pas : le carbone. Deux indicateurs entrent en jeu, IC énergie (impact carbone de l'énergie utilisée pendant la vie du bâtiment) et IC construction (impact carbone des matériaux et de leur mise en œuvre). Résultat concret : un matériau très isolant mais très émetteur en CO₂ peut être pénalisé, là où la RT 2012 s'en fichait.
Le Bbio (besoin bioclimatique) reste, lui, un indicateur central. Il mesure la qualité de conception indépendamment des systèmes installés : orientation, surfaces vitrées, inertie, protection solaire. Autrement dit, on vous juge désormais aussi sur la façon dont vous avez pensé le bâtiment, pas seulement sur la chaudière que vous y mettez.
| Critère | RT 2012 | RE2020 (« RT 2024 » dans le langage courant) |
|---|---|---|
| Logique principale | Consommation d'énergie | Énergie + carbone |
| Indicateur phare | Cep | Bbio, Cep, Cep,nr, DH, IC énergie, IC construction |
| Énergies fossiles | Peu pénalisées | Fortement découragées |
| Confort d'été | Peu encadré | Indicateur DH (degrés-heures d'inconfort) |
| Impact matériaux | Hors champ | Comptabilisé (IC construction) |
Ce tableau, à lui seul, explique pourquoi certains artisans râlent encore. Passer d'un seul indicateur à six, ce n'est pas un ajustement : c'est une autre façon de calculer un bâtiment.
RE 2025 et « RT 2025 » : ce qui change pour une maison individuelle
Le calendrier de la RE2020 prévoit un renforcement progressif des seuils. Certains professionnels parlent donc de « RE 2025 » ou de « RT 2025 » pour désigner ces paliers successifs. Sauf que dans les faits, on ne parle toujours pas d'une nouvelle réglementation. C'est la même RE2020, avec des exigences plus serrées sur le carbone et parfois sur le confort d'été.
Ce que cela implique concrètement pour une maison individuelle
Si vous construisez, le vrai sujet n'est pas le nom de la norme. C'est l'écart entre ce que vous promet le constructeur et ce que le bureau d'études calcule à la livraison. Mon conseil, après plusieurs projets suivis : exigez dès le départ une étude RE2020 complète avec les six indicateurs, pas seulement un « respect de la RT ». J'ai vu un dossier où le Cep était bon mais le Bbio dépassait de 15 % — un ajustement de dernière minute qui a coûté une reprise d'isolation sur deux murs.
- Demandez le calcul Bbio avant signature, pas après
- Vérifiez le DH (confort d'été) : c'est le poste le plus souvent oublié
- Méfiez-vous des « équivalences » annoncées à l'oral
- Une pompe à chaleur ne compense pas une mauvaise conception bioclimatique
Et le piège inverse existe aussi : certains constructeurs surfent sur la peur réglementaire pour justifier une hausse de prix. Le surcoût réel d'une construction RE2020 par rapport à la RT 2012, dans mon expérience, tourne autour de 3 à 8 % du budget total — variable selon les choix de matériaux et l'orientation du terrain. Pas les 20 % parfois annoncés.
Le décret du 30 décembre 2024 : ce que cela change pour les bâtiments tertiaires
Autre source de confusion : un décret publié fin 2024 est venu toucher les bâtiments tertiaires, entrepôts et parkings, avec des seuils de surface (autour de 500 m² et 1 000 m² selon les cas). Ce texte n'a rien à voir avec la RE2020 : il concerne la rénovation et certains dispositifs de végétalisation, pas la construction neuve résidentielle. Beaucoup de titres ont mélangé les deux, d'où l'apparition d'une « RT 2024 » fantôme dans les esprits.
Faut-il parler de « RT-RE bâtiment » ?
Cette formule circule pour désigner la bascule progressive entre l'ancienne logique RT et la nouvelle logique RE. Elle est commode pour un professionnel qui doit jongler entre les deux sur un même chantier (par exemple quand un permis de construire a été déposé avant l'entrée en vigueur de la RE2020). Mais pour un particulier, elle n'a aucun intérêt pratique. Ce qui compte : savoir quel texte s'applique à VOTRE projet selon la date de dépôt de votre permis.
Petit rappel utile : la date de dépôt du permis prime sur la date de démarrage des travaux. Un permis déposé fin 2021 relève encore de la RT 2012, même si les fondations sont coulées en 2023. C'est ce genre de détail qui fait basculer un calcul — et que personne ne vous explique spontanément.
RE2020, 1er janvier 2026 et après : faut-il attendre une nouvelle norme ?
Non. Et j'insiste, parce qu'on me pose la question de plus en plus souvent. Il n'y a pas de « RT 2026 » en préparation, pas plus qu'il n'y avait de « RT 2024 ». La RE2020 reste le cadre, et elle continuera de se durcir par paliers jusqu'à la fin de la décennie. Attendre une « prochaine norme » pour construire revient à attendre un texte qui n'existe pas dans les tuyaux.
Ce qui m'agace un peu, franchement, c'est la façon dont les sites d'information recyclent ces sigles sans vérifier. J'ai compté, en préparant cet article, au moins quatre pages qui présentaient la « RT 2024 » comme un texte officiel avec sa date d'entrée en vigueur. Aucune ne citait le moindre texte réglementaire. C'est le genre d'erreur qui se propage ensuite dans les discussions de chantier, puis dans les devis, puis dans les litiges.
Ce qu'il faut retenir pour votre projet
Retenez trois choses. Un : la réglementation en vigueur s'appelle RE2020. Deux : les évolutions de 2024 et 2025 sont des renforcements de seuils, pas de nouveaux textes. Trois : si quelqu'un vous parle de « RT 2024 construction », demandez-lui quel article de quel décret il cite. La réponse sera instructive.
Il y a quelque chose de rassurant, au fond, dans cette confusion permanente. Elle prouve que le sujet compte. Une réglementation dont personne ne parle serait une réglementation morte. Celle-ci, avec ses sigles malmenés, ses dates approximatives et ses faux noms, occupe les conversations de chantier, les bureaux d'études et les repas de famille. Le vrai danger, ce n'est pas de mal la nommer. C'est de croire qu'on peut encore construire comme avant.